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Message International de Eduardo Di Mauro – 21 mars 2014

La marionnette tire son origine d’une des formes les plus primitives et originales de l’art: soit le jeu et non de la représentation du sacré comme on l’entend parfois. Elle naît du jeu désintéressé, spontané, transparent, lequel naturellement se complexifie, adoptant plusieurs formes et contenus.

La marionnette, due à sa nature transgressive, a été crainte et persécutée par les rois, les empereurs,les émirs,les tsars ou toute autre forme abusive du pouvoir, car ce personnage de chiffon et de bois, aimable et pittoresque est porteur également d’un talent aiguisé pour la condamnation et la critique, utilisant le sarcasme, l’ironie et l’humour avec habileté, rythmique et mordant.

Peut-être que la période de la vie qui pourrait le mieux s’identifier à cet art millénaire c’est l’adolescence, car en effet les jeunes sont porteurs de cette même énergie garnie d’une certaine passionnante irresponsabilité etréagissent avecla mêmefougueà ce qu »ils aiment,jugent ou critiquent. Serait-ce pour cela que c’est la jeunesse que visent, avec prédilection, les campagnes médiatiques universelles qui banalisent l’essentiel et font l’apologie des anti-valeurs.

Depuis plusieurs décades, notre théâtre a dédié une bonne partie de ses efforts aux adolescents, promulguant des thématiques qui les intéressent et les enjoignant à utiliser les marionnettes pour exprimer tout ce qui les affecte et les touche. Il surgit donc du fond d’eux-mêmes, des thèmes tabous comme la violence, la mafia, l’alcoolisme, la corruption, la grossesse précoce, la solitude et plusieurs autres qu’ils abordent avec candeur et irrévérence.

Les marionnettistes peuvent et doivent élever leur créativité au moyen de la lecture, l’étude, la recherche et l’expérimentation des nouvelles formes cherchant la beauté et l’harmonie dans leur narrationscénique, n’oubliant jamais que leur relation au théâtre de marionnettes inclut le compromis.

Parlant de compromis, mot au vaste sens et à plusieurs définitions, je me réfère à notre responsabilité de comprendre quelle est notre véritable place dans le monde et quelle est notre position face aux multiples cas d’abus de pouvoir au sein de la société actuelle – quels sont les rois d’aujourd’hui – les émirs, les cheikhs ? Aujourd’hui ils ne sont désormais plus assis sur un trône ostensible décoré de pierres précieuses finement taillées. Aujourd’hui ils préfèrent se retrouver où personne ne les voit distinctement. Ils possèdent des moyens de communication qu’ils exhibent ou cachent selon leur volonté. Ce roi à mille têtes c’est le néolibéralisme corrompu et sauvage, ces tsars, ce sont les grandes corporations multinationales, qui en plus d’augmenter leur profit et leur pouvoir, se foutent de détruire la planète et de détruire la vie.

Marionnettistes du monde entier, allons affronter la cruauté, l’inégalité et l’injustice, Utilisant la variété infinie de techniques et d’esthétiques pour donner corps à la personnalité la plus expressive de la marionnette et en y ajoutant aussi une parole incendiaire, allons dénoncer et montrer,d’un doigt bien saillant, comment les jeunes, ceux qu’eux-mêmes considèrent sans ambition, comment ces jeunes travaillent au véritable développement pour un monde plus humain, un monde meilleur.

Eduardo Di Mauro
Teatro TEMPO, Venezuela, 2014


Eduardo Di Mauro (avril 1928, Cordoba, Argentine)

Son histoire est intimement liée à celle de son faux jumeau de frère Hector Di Mauro, par le fait que tous deux aient senti une passion pour le monde de la marionnette et qu’ensemble ils ont développé cette dévotion, avec chacun leur épouse, Laura de Rokha et Rachel Venturini, à l’intérieur du théâtre La Pareja, inspirés initialement par les grands marionnettistes qui ont généré une importante dramaturgie pour les marionnettes,comme Javier Villafañe, Pedro Ramos, César López O`Cón, entre autres.

L’apport des frères Di Mauro, fut de montrer comment, avec organisation, volonté et constance, on pouvait transformer une activité que l’on pratique par goût de façon bohémienne, en une profession digne, sérieuse et prospère. Ils ont participé en 1960 au festival mondial UNIMA à Bucarest (Roumanie), gagnant le troisième prix devant des dizaines de compagnies européennes et mondiales. Cette récompense leur a permis de faire une tournée des pays de l’orbite socialiste, où ils ont pu connaître de près le confort des théâtres permanent. Ce fut la passion d’Eduardo, ouvrir des espaces permanents pour les marionnettes où travailler avec des critères de service social, exigeant de l’état son appui dans le but de systématiser le service social et ainsi naquirent des endroits de travail permanents à Tucumán, Misiones, Mar del Plata, Tunja, Bogotá, Barinas, Guanare, Mérida, San Cristóbal et plusieurs autres.

Il faudrait tout un livre pour énumérer tous ces prix et reconnaissances, mais son importance vient du fait qu’il a toujours concrétisé sa pensée en actions, enseignant avec véhémence ses idées, appuyant ses
collègues dans leurs propositions, peuplant les salles d’enfants lesquels travaillaient sans relâche, mettant l’accent sur les secteurs les moins favorisés et défendant ses idées et sa démarche dans le monde entier au travers les forums et les rencontres internationales.

Le théâtre TEMPO, de Guanare et l’Institut Latino américain de la Marionnette, actuellement dirigés par sa compagne Maritza Peña, sont ses œuvres qui peuvent servir aux marionnettistes du monde comme modèle à suivre. Sur la façade de l’édifice il est écrit:  »Pour l’artiste, la culture est un service, pour l’État, une obligation de l’offrir et pour le peuple, un droit inaliénable » et je considère que ces prémices sont celles qui ont maintenu toujours vivant le feu de cet amour et cette passion pour la marionnette.

Daniel Di Mauro

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