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Union Internationale de la Marionnette

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« Questionner, c’est faire un saut dans la question. La question est cet appel à sauter, qui ne se laisse pas retenir dans un résultat. Il faut un espace libre pour sauter, il faut un sol ferme, il faut un pouvoir qui, à partir de l’immobilité sûre, change le mouvement en bond. … Mais dans la profondeur de la fuite, où questionnant, nous fuyons, il n’ y a rien de sûr, rien de ferme. Tout est déjà rempli par notre fuite même »

(Maurice Blanchot, La Parole Plurielle, l’Entretien Infini, p.24-25)     

Les temps changent et les réalités aussi, soumises à des réponses nouvelles comme aussi à nos imaginaires. Et pourtant, nous restons forts de nos attachements et de nos questionnements. Nous nous révélons grands et faibles dans des moments poignants et aussi créatifs de nous-mêmes. Penser l’avenir, c’est aussi ouvrir nos pensées à quelque chose que nous ne connaissons pas, à l’étranger comme à ce qui ne va pas de soi, car nous ne connaissons pas et que, malgré notre curiosité, nous ne savons pas qu’est-ce qui nous attend. Il fût un temps où l’attente était significative d’une période. Godot sera toujours attendu, ou est-ce la réalité d’Ubu, toujours plus actuel que le paradoxe du pouvoir est celui de ne pas agir et de ne pas changer. Godot et Ubu sont des réponses à des attentes contradictoires de l’attente ou de la non-attente.   

Le changement, c’est comme aller au-delà de la limite, juste s’interroger ou ouvrir une nouvelle dimension et parfois (se) décevoir, car nous ne sommes pas assez courageux pour vraiment changer. Car changer, c’est toujours plus que provoquer un changement, c’est ne pas penser, ou souhaiter un changement, mais se rendre compte que le changement ne le sera peut-être pas, que le changement devra devenir rencontre et même plus que rencontre, écoute. Ouvrir pour créer et formuler des enjeux, cela reste un rêve, la bouche pleine et les yeux fermés. Découvrir, peut-être ?

Cette nouvelle année sera l’année des vœux et des promesses, comme toutes les années et peut-être avec l’espoir du nouveau et du renouveau. La lampe pourra être frottée, et les malins génies pourront éclairer nos souhaits.  Ou seulement, une lampe pourra nous éclairer dans la nuit la plus noire, ou en plein jour. A quoi sert une lampe en plein jour ? Ou nous pourrions frotter et frotter, et abîmer la lueur. Rien n’est plus fragile que l’avenir. Quelque chose qui vient et qui nous déroute, ou qui déjoue tout ce qui était prévu, car ce qui se présente déjoue ce qui est attendu. Pouvons-nous nous surprendre, et plus que nous surprendre, nous étonner ? Pouvons-nous créer et proposer un avenir ?

En tant que marionnettistes et artistes, nous souhaitons des spectacles, et beaucoup de spectacles, et de créations de nouveaux spectacles, que les spectacles de marionnettes puissent éveiller et enthousiasmer tout spectateur au-delà des attentes. Est-ce que l’UNIMA pourra tenir toutes ses promesses comme tous les espoirs ? La désillusion n’est-il pas le plaisir du regard, comme la déception, le plaisir du texte (Roland Barthes) ? Pourquoi croire que le négatif est plus que le négatif ? et que le plaisir, le chemin du regard et du texte ? Que le plaisir serait théâtre du regard et de la parole, de la matière et du rêve, du désir enfin désir, brûler et se consumer toujours, car le plaisir est fragile et toujours mouvement fragile d’un geste et du moment. La durée est toujours questionnement du plaisir, ou tout simplement questionnement (sans plaisir?).

Toujours formuler, toujours projeter, toujours vouloir autre chose, ou reformuler autrement cette idée, ce projet, ou cette autre chose, car il s’agit de répondre et de proposer. Proposer un avenir, malgré tout, c’est proposer ce projet de gestes et de moments, de regards et d’écoutes, de présences et de durées. L’UNIMA, c’est tout ça, et c’est surtout l’avenir de ce projet, que nous construisons ensemble, car nous croyons que les arts de la marionnette formulent la réponse au désenchantement du monde.     

De belles fêtes à vous toutes et à vous tous, et du merveilleux en 2022 !      

Dimitri Jageneau

Secrétaire général